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Cuba, avec les yeux d'une guide accompagnatrice

Veerle Janssens
Bruxelles, août 2006

En juillet 2006, j'ai accompagné un voyage de jeunes avec Lena.. Ce voyage était organisé par Intal à Cuba. C'est devenu une véritable épopée remplie de découvertes et d'espoir.

Le tourisme dans un pays du Tiers-Monde, ce n'est pas une sinécure. Cela, je l'avais déjà personnellement expérimenté au Mexique, pays où j'ai vécu et travaillé pendant plus de quatre ans. Les deux premières années, alors que je travaillais comme coopérante pour une organisation des Droits de l'Homme, je me suis fait énormément d'amis. Les deux dernières années, par contre, en travaillant comme guide de groupes de touristes, je ne me suis fait qu'une seule amie, tout bien compté !

Le monde du tourisme au Mexique est un monde assez dur, où l'argent arrive en première place. C'est un monde de corruption; des 100 pesos qu'on paie pour un repas en tant que touriste, souvent plus de la moitié se retrouve dans les poches du guide et du chauffeur. La population locale en voit à peine la couleur.

A la fin de mon tout premier voyage à travers le Mexique, j'ai dû accompagner les touristes à leurs hôtels respectifs dans la zone chic le long de la plage de Cancun. J'en avais les larmes aux yeux.

Je connaissais Mexico comme ma poche, depuis les communautés indigènes et les campagnes. Et tout d'un coup je voyais ces mêmes indigènes dans leur costumes de fête traditionnels nettoyer les toilettes. Tandis qu'ils se font dégrader en devenant femmes de chambres, porteurs ou préposées aux toilettes, les gros bénéfices disparaissent dans les poches des managers étrangers et les chaînes d'hôtels internationales.

Cuba, c'est une tout autre histoire.
La sécurité, par exemple, ne pose aucun problème. Au Mexique, je parlais facilement une demi-heure des mesures de sécurité (surtout les taxis de la capitale ont -à juste titre- une très mauvaise réputation). A Cuba, les vols restent l'exception. Je ne me suis sentie autant en sécurité nulle part ailleurs en Amérique Latine. Alors que j'avais oublié mon porte-monnaie au bar, juste avant de prendre le bateau, ils sont venus me le rapporter en jet-ski !

Point de vue santé. Après avoir déjà parcouru quelques jours La Havane, en direction de Santa Clara, plusieurs personnes du groupe souffraient de diarrhée sérieuse. Cela me rendait déjà un peu nerveuse : si on a besoin d'un médecin au Mexique, cela prend un siècle avant qu'il ne se pointe. Il vous compte ensuite un triple tarif et en plus ne prend même pas la peine de faire un diagnostic sérieux (les touristes ne revenant de toute façon pas) !
Un peu inquiète, je me suis renseignée à la réception afin de savoir si en cas d'urgence un docteur serait disposé à venir. « Chambre 312 », m'a t'on répondu. Et en effet, chambre 312, il s'avère qu'il y avait un médecin 24h sur 24. Je pense qu'à la réception, ils rient encore de mon regard et de mon extrême étonnement.
Finalement trois personnes de notre groupe ont été soignées par ce médecin avec le sourire… et tout cela absolument gratuitement !

J'ai aussi bien fait rire le chauffeur ! A chaque arrêt- resto, je m'assurais qu'il recevait bel et bien à manger – au Mexique le chauffeur passe le plus souvent à l'arrière-cuisine.

Mais là, à chaque fois, une place lui était réservée à la même table que le reste du groupe. A l'arrivée aux hôtels, il comprenait encore moins pourquoi je le suivais comme un petit chien. Je lui ai donc expliqué qu'au Mexique les chauffeurs ne reçoivent généralement pas de chambre dans les hôtels chics où on emmène les clients. Ils restent généralement dormir dans leur propre bus. Son regard perplexe en disait long !
Ce qui m'a surtout frappé à Cuba, c'est l'énorme humanité du pays. Cela est et reste un pays pauvre, qui en plus doit lutter et se battre contre le criminel boycott économique. Mais tout le monde y a un logement, un enseignement gratuit, ainsi qu'un accès gratuit aux soins de santé. L'hôpital psychiatrique que nous avons visité à La Havane est un parfait exemple d'une approche créative et humaine.
Alors que nous discutions à Santa Clara avec des personnes du CDR (comité de quartier), une maman est passée avec son fils handicapé. Elle s'occupe de lui depuis sa naissance à temps plein et reçoit à cet effet un salaire complet.

Les bénéfices du tourisme sont tout d'abord destinés à améliorer le bien-être de la population entière. Mais le tourisme engendre aussi des problèmes. Si tu réussis à faire croire une histoire misérable aux touristes, alors tu peux vite gagner un demi-salaire et c'est une tentation trop forte pour bien des Cubains.

Un bon conseil : si vous allez en vacances à Cuba, ne vous laissez pas avoir par les ‘jineteros' (ces cubains qui accostent les touristes) et regardez donc plus loin que le bout de votre nez. Si vous souhaitez loger chez les Cubains, dirigez-vous alors vers les ‘casas particulares' officielles'. Elles paient des impôts considérables sur leurs bénéfices et votre argent profite dans ce cas à tout le monde.
Si vous allez dans les maisons illégales, vous gonflez seulement le portefeuille de quelques débrouillards et vous favorisez ainsi la corruption.
Et surtout : profitez-en ! Quel soulagement de dépenser de l'argent à un délicieux repas, une bouteille de rhum ou un cd de salsa et de savoir que pour une fois, la majorité des recettes ne va PAS dans les poches d'une poignée de riches entrepreneurs !

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