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Une demi-heure chez Aleida Guevara, fille du Che

Lena Van der Bruggen

Intal, ensemble avec 16 jeunes, nous avons parcouru Cuba pendant 3 semaines. Un des points forts de notre séjour a été notre rencontre avec Aleida Guevara, fille du Che. Elle a été notre guide dans le Centro de Estudios Che Guevara qui est encore en construction mais ouvrira bientôt. Pendant une demi-heure nous avons eu une discussion. Un rapport de cette rencontre inoubliable.

Que penses-tu du fait que la figure du Che est utilisée partout, des fois à tort et à travers ?

Le Che a toujours été allergique à toute forme de culte de la personnalité. Mais en même temps c'est ainsi que, même si physiquement il n'est plus présent, son oeuvre et sa manière d'être sont devenus un exemple pour les générations suivantes. Je désapprouve évidemment l'utilisation arbitraire de l'image du Che. Le Che sur des cartons de bière, sous-vêtements, etc. montre un manque de respect pour ce qu'il était vraiment. Le Che est plus qu'une image. Je me rappelle ainsi un moment, lors d'un forum récent, en Ecuador. On avait prévu une marche qui passerait devant l'ambassade US. Toutes les rues autour de l'ambassade ont été coupées. Mais l'avant-garde de la marche a pu monter avec le drapeau du Che sur les barrages. Pour moi, cela a été un grand moment. C'était comme si le vrai Che dirigeait la marche.

Che avait aussi une forme assez spéciale d'humour, qui est typique pour l'Amérique latine, beaucoup plus ironique et plus fin, pas aussi grossier et plat comme c'est parfois l'habitude aux Caraïbes (sic).
Il faisait aussi ce qu'il pensait. Il avait aussi d'importantes capacités à former d'autres gens, à les encadrer et les accompagner. Personnellement, je n'adore pas sa photo la plus connue (la photo faite par Korda). Il n'était pas sévère, comme il paraît sur cette photo, mais une personne chaleureuse.

Je n'ai connu mon père que très peu. Il est parti au Congo quand j'avais 4 ou 5 ans. J'ai donc peu de souvenirs personnels de lui. Ma mère aussi était “guerillera”. Par son grand amour pour lui, c'est via ma mère que j'ai appris à connaître mon père. Je sentais, à travers elle, sa présence. Quand j'avais 16 ans, j'ai reçu de ma mère un livre manuscrit. Je ne savais pas qui en était l'auteur. Le livre a été la base de “Diarios de Motocicleta”. En lisant le livre, je suis tombé amoureuse de la personne qui l'a écrit. Il était aventurier, jeune et avait une passion pour la vie. Quand ma mère m'a raconté plus tard que c'était mon père qui avait écrit ce livre, je me sentais très fière.

Il est important d'apprendre à connaître la réalité et à y être sensible. Mais cela seul ne suffit pas. Il faut aussi vouloir changer cette réalité. C'est comme dire “je suis contre la guerre”, mais ne rien faire. On ne doit pas seulement être sensible à ce qui ne va pas dans le monde. On doit être aussi prêt à s'engager dans la lutte. J'ai ainsi appris à connaître mon père et, de cette manière, j'ai commencé à tout comprendre. Eh oui, j'essaye de suivre son exemple. Je l'essaye au moins. Je suis médecin moi-même et j'ai déjà participé à deux missions internationales : 2 ans en Angola et 1 an au Nicaragua. En travaillant, on apprend à connaître la réalité et on comprend qu'il est important de défendre l'aspect “souveraineté”. J'étais un jour à Chypre, j'ai senti comment le fait qu'un tiers de l'île soit occupée depuis longtemps était dur à supporter pour la population. Que pourrais-je faire en tant qu'individu ? Pas beaucoup, mais quand même : quand les autorités turques m'ont invité pour une visite j'ai refusé. Il ne faut pas faire des choses énormes, mais agir en conséquence, c'est important. De cette manière on peut mettre en pratique ses idéaux.

Question: Comment est ta relation avec Fidel Castro ?

Je m'adresse à Fidel en disant “tío” (oncle). Il est comme une figure paternelle pour moi, même s'il a toujours affirmé clairement qu'il ne prétend nullement remplacer mon père. Nous nous parlons régulièrement et nous avons un bon contact. Naturellement j'aimerais le voir et lui parler encore un peu plus souvent, mais il est toujours trop occupé. Une anecdote : J'avais invité Fidel à ma fête de mariage. Normalement à Cuba une fête de mariage est quelque chose qu'on fête en cercle restreint. J'avais apporté d'Angola spécialement une bouteille de champagne. Puisque normalement il y aurait 30 invités à la fête ça aurait été tout juste. Mais Fidel ne s'est pas pointé ce jour-là. Il avait notamment ce jour la visite du président de la Yougoslavie. Finalement il est passé seulement à 11 h du soir avec le président yougoslave et toute sa suite, ce qui faisait qu'on était soudainement à 300 à la fête. Au secours ! Heureusement Fidel avait apporté une caisse de bouteilles de cidre et on a pu toaster tous ensemble. La tarte est habituellement coupée par les mariés, mais non, dans mon cas nous étions à trois sur la photo : notamment Fidel au milieu des mariés !

Lors de la naissance de ma première fille, Fidel est encore venu me visiter. J'ai accouché dans un hôpital public, exactement comme les autres cubains. Fidel est donc simplement venu me rendre visite là-bas. C'était en décembre 1988, plus précisément le 21 décembre. Cuba venait d'obtenir une victoire importante avec la signature d'un accord entre l'Angola et l'Afrique du sud, qui garantissait l'indépendance de la Namibie, le respect pour la souveraineté de l'Angola et la fin de l'apartheid en Afrique du Sud. Cuba avait participé pendant 10 ans à cette lutte. Fidel trouvait donc que ma file méritait sûrement le nom de Victoria (ce qui signifie victoire). Moi, par contre, je m'étais arrangé avec mon mari, qui à ce moment-là était en mission en Afrique, que nous appellerions notre fille Estefania. Suivait toute une discussion avec Fidel. Il prétendait que c'était les grands-parents qui devaient choisir les noms des enfants. Je suis resté su ma position. Là-dessus il regarde la petite et disait : “Espérons que tu n'auras pas le caractère de ta mère Estefania”.

Si tes enfants se battaient (et mourraient) pour leurs idéaux ?

Eh bien, j'ai deux filles. J'essaye de les éduquer le plus librement possible. C'est ainsi qu'une de mes filles a voulu dernièrement retourner à l'église. Moi-même je ne suis pas croyante. Mais je lui ai dit “fais”, c'est ta vie, si tu aimes ça, ça peut se faire. Mais ça ne lui a apparemment pas tellement plu, parce que maintenant elle ne va plus à l'église. La seule chose que j'attends de mes enfants est qu'ils étudient, pour se rendre utiles à la société. Si un jour elles décident d'aller en mission internationale ce sera leur décision et pas la mienne.

Tu as fait une longue interview avec le président Hugo Chávez, parue sous forme de livre. Quel genre de personne est-il ?

Chávez est le même type de personne comme Fidel. Il réussit à convaincre les gens avec la parole. Deux personnes très convaincues de leurs idées et qui montrent cela dans tout ce qu'ils font. Il est aussi très “del Caribe”, il est blagueur et rit facilement. C'est très facile de communiquer avec lui.

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