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Ivette voit son père en prison : un bonheur pour aller plus loin.

Propos recueillis par Marie-Dominique Bertuccioli

Un moment de bonheur a été offert à un des 5 par sa famille, bonheur incomplet qui nous enjoint justement à aller plus loin. Ivette - 8 ans et demi - a enfin pu voir son père René Gonzalez, un des 5, condamné à 15 ans de prison. Sa mère Olga Salanueva n'a pu l'accompagner faute de visa étasunien. Elle explique en exclusivité pour RHC.

Ivette n'avait pu se rendre aux Etats-Unis jusqu´à présent car vu son jeune âge, il n'était pas recommandé qu'elle aille faire une visite dans des conditions si difficiles sans l'appui de sa mère, Olga Salanueva. C'est donc avec sa sœur aînée qui n'était qu'une jeune adolescente au moment de l'arrestation de son père, et qui a maintenant plus de 20 ans qu'Ivette vient de voir son père. Olga Salanueva signale: « C'est vrai, c'est une bonne nouvelle, surtout pour eux deux. Pour la première fois, Ivette n'est plus contrainte de dire « papa » à une voix au téléphone, elle a pu l'embrasser, être dans ses bras. C'était une rencontre dont rêvait toute la famille. Cela toutefois ne s'est pas produit comme nous l'exigeons. Je pense qu'Ivette aurait dû aller voir son père avec moi, comme cela se doit, est juste, normal, que ce soit la famille au complet qui puisse rendre visite à un détenu.

C'est un droit que l'on nous refuse depuis de longues années. Depuis le jour de l'arrestation de René, notre famille a été utilisée comme moyen de pression, en particulier Ivette qui avait 4 mois lorsque son père a été arrêté. Ensuite, lorsqu'elle avait 13 mois, elle a pu le voir, mais il était menotté et attaché à une chaise. Depuis que j'ai été expulsée des Etats-Unis, elle n'avait pas pu voir son père car on m'a toujours refusé le visa.

Au vu de la procédure qui se prolonge et dont on ne sait pas quand elle se terminera, compte tenu aussi du fait qu'Ivette va avoir 9 ans, qu'elle a perdu toute son enfance qu'elle aurait pu passer aux côtés de son père, nous avons décidé que cette rencontre ait lieu même si nous savions que cela pouvait créer des problèmes à la petite. Elle voulait y aller avec moi, elle le veut encore. Elle a demandé pourquoi ils étaient ensemble tous les trois, son père, sa sœur et elle, sans moi. C'est une chose qu'il est difficile d'expliquer à une fillette. Elle a dû mûrir et comprendre, du haut de ses 8 ans, que l'on refuse à sa mère le droit de voir son père, de prendre une photo avec son père et ses deux filles et qu'il faut attendre que la justice prévale enfin : que l'on me donne le visa – ce qui semble presque impossible – ou que le retour des 5 nous permette d'être réunis, autour de la table, à la maison, ailleurs, sur une photo. Nous avons dû lui faire comprendre peu à peu, avec des mots choisis, opportuns, qu'elle devait faire ce voyage avec sa sœur aînée pour connaître son père.

Pour ce qui est du reste, la rencontre a été heureuse, la communication père-fille s'est tout de suite établie. René n'est pas un inconnu pour Ivette parce qu'il est présent chez nous depuis qu'elle est née, elle voit des photos de son père, elle sait qui il est. Nous lui avons expliqué ce qu'il faisait, pourquoi alors qu'il était un homme très bon, il est en prison. C'est la première chose qu'un enfant doit comprendre et c'est difficile. Elle a dû apprendre que la justice supposée dans les mains de laquelle se trouve son père n'en est pas une. Elle l'a appris comme ont dû le faire les enfants des autres camarades prisonniers.

Ivette voyait donc son père pour la première fois, cela a été des jours heureux. Il y a eu plusieurs visites. Ivette parle beaucoup, il semble qu'elle gardait dans un coin de son cerveau tout ce qu'elle allait dire à son papa. Sa sœur m'a dit qu'elle-même avait à peine pu parler à son père. Ivette voulait parler de tout, donner son opinion. René confesse qu'il s'attendait à la trouver plus gamine, il a été étonné du fait qu'elle a un grand pouvoir de réflexion pour son âge. Cela l'a aidé à converser avec elle. On lui a permis de prendre une photo, de la prendre sur ses genoux plusieurs fois. Je crois que cela a été bon pour toute la famille, c'était pour la nouvelle année. Je suis restée ici seule, sans elles, mais j'étais heureuse car pour la première fois en 8 ans René passait une fin d'année un peu meilleure, avec ses deux filles. »

Il faut maintenant aller plus loin pour qu'Olga et Adriana, femme de Gerardo, condamné à deux détentions à vie plus 15 ans de prison se voient enfin accorder le visa. Olga Salanueva a précisé toujours au micro de RHC au sujet des appuis qui sont venus à ce sujet de la part d'Amnesty International ou du Parlement européen: « Je crois que la réitération de l'opinion d'Amnesty a une répercussion bien que nous soyons tous convaincus que pratiquement le gouvernement des Etats-Unis n'écoute pas l'opinion publique internationale, mais nous allons continuer à faire pression pour qu'il soit obligé de l'écouter. C'est ce qui va nous aider dans cette bataille pour la libération des 5. »

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