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Un témoignage oculaire d’Atlanta

27-8-2007
Edith Flamand, Progress Lawyers Network

Le 20 août 2007 a eu lieu la troisième audience du procès des « Cuban five » devant la Cour d’appel d’Atlanta. J’y étais présente.

J’ai également assisté aux audiences précédentes d’Atlanta en mars 2004 et février 2006, à cette dernière en compagnie du parlementaire flamand SP-a Kurt De Loor, qui apportait alors 32 signatures de parlementaires flamands et belges.

Partout dans le monde, en Belgique aussi, les comités « Free the Five » attachent beaucoup d’importance à la présence de juristes internationaux lors des audiences. Leonard Weinglass, avocat américain bien connu, défenseur des droits de l’homme l’exprime ainsi : « En tant qu’avocats nous savons que nous avons le droit d’aller en appel et de développer nos arguments, mais la mesure dans laquelle notre appel et nos arguments sont pris au sérieux dépend souvent de l’étendue de l’intérêt pour l’affaire et de la solidarité. » Autrement dit : il est très important que le monde regarde.

Cette fois-ci, j’étais accompagnée du bâtonnier Paul Bekaert, qui était mandaté par l’Ordre des barreaux néerlandophones, qui regroupe plus de 8 000 avocats, et d’ Eddy Boutmans, ancien secrétaire d’État pour la coopération au développement, avocat honoraire et professeur de droit. Nous avons pu constater à Atlanta que l’intérêt et le soutien pour le procès augmentent. Je peux comparer aux audiences de 2004 et 2006 et le groupe qui assiste aux audiences s’agrandit et devient de plus en plus international avec les années.

À la veille de l’audience, il y avait une réception pour les délégations internationales. Un des premiers orateurs y était Roberto Gonzalez, frère de René, un des cinq. « Hier, j’ai voulu rendre visite à mon frère en prison », raconta Roberto, « mais l’accès me fut refusé, parce qu’il y aurait eu des traces de drogue dans mon passeport ou sur mes mains... ». Pourtant Roberto ne fut pas fouillé ou arrêté pour possession de drogue... C’est une illustration de plus des entraves arbitraires contre le droit de visite des familles, une punition supplémentaire, contre laquelle Amnesty International a déjà protesté plusieurs fois auprès des autorités étasuniennes. Roberto conclut : « Je voudrais que, vous sachiez, quand vous rentrez à la maison, que les cinq ont travaillé pour sauver des vies et que personne ne devrait être en prison pour avoir sauvé des vies. Au nom des familles des cinq je vous remercie de tout mon coeur. »

Le jour après assistaient à l’audience des personnalités importantes comme l’ex-ministre étasunien, ex procureur fédéral, Ramsey Clark et le juge d’instruction Juan Guzman du Chili, qui a mené le procès contre le dictateur Pinochet. Était là également Paolo Lins e Silva, le président de l’UIA (Union internationale des avocats), une organisation qui existe depuis 1927 et dont font partie plus de 200 barreaux et associations d’avocats, qui à leur tour regroupent plus de 2 millions d’avocats.

À l’audience du 20 août la Cour a pressé le ministère public de questions sur les preuves concernant les chefs d’inculpation. Surtout en ce qui concerne l’accusation de conspiration pour commettre assassinat. C’est une accusation dont le ministère public lui-même avait admis lors du premier procès qu’il n’était pas capable de la prouver..
La défense ne disposait que d’une demi-heure, mais cela ne l’a pas empêché pas de plaider fermement sur l’autre accusation grave, celle de complicité d’espionnage. Elle a souligné qu’aucun des documents saisis chez les cinq (et il s’agit de milliers de documents) ne donnait une quelconque indication de possibilité d’espionnage.
Ensuite on a parlé du « mauvais comportement » du ministère public à Miami. Il s’agit du fait qu’à Miami le ministère public s’était adressé au jury pas moins de trois fois, en criant que « ces cinq hommes étaient venus aux États-Unis pour les détruire ». Le ministère public ne voulait plus que la défense aborde cet aspect, qui selon lui ne faisait plus partie du débat. Mais la Cour a été d’un autre avis et a donné la parole à la défense. Celle-ci a qualifié les dires du ministère public de manipulation inadmissible du jury. Enfin on a encore parlé de la réunion secrète qu’il y avait eu à Miami entre le tribunal et le ministère public. La Cour a ordonné au ministère public de déposer le rapport de cette réunion. Après lecture de ce document, que la défense des cinq n’a donc jamais eu sous les yeux, la Cour jugera s’il y a lieu à organiser une nouvelle audience.

Les avocats des cinq ont quitté la salle d’ audience contents, mais le fait reste que le procès dure depuis presque dix ans déjà et que les juges n’ont aucune date limite à respecter. Comme le disait Gloria La Riva, présidente du comité « Free the Five » aux États-Unis, la lutte pour la libération des cinq continue incessamment, également en dehors de la Cour.

Ce point de vue a également été exprimé en termes très clairs par l’ex-ministre de la Justice Ramsey Clark. À la conférence de presse après l’audience, il a exigé la libération immédiate des cinq avec dédommagement et excuses au peuple Cubain. Il a également été d’avis que les cinq méritent un visa afin de leur permettre à continuer leur lutte contre le terrorisme anti-cubain.

Il est d’un intérêt primordial que la campagne internationale sur l’affaire des cinq continue.

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