L'affaire des Cinq, un récapitulatif des faitsAu milieu des années 1990, cinq Cubains, Gerardo Hernández, René González, Fernando González, Ramon Labañino et Antonio Guerrero, connus internationalement depuis comme les « Cuban Five », se rendent en grand secret à Miami. Ils s'y infiltrent dans les organisations terroristes anti-cubaines dans le but d'empêcher des attentats contre leur pays. Lorsqu'ils sont découverts et appréhendés, en 1998, s'ensuivent 17 mois d'incarcération dans l'isolement complet, sans le moindre contact avec leur famille et avec des contrats très limités avec les avocats pro deo désignés pour leur défense. Le procès suit fin 2000. Il est truffé d'irrégularités et de violations de la constitution américaine. Les Cinq sont accusés d'intention d'espionnage et l'un d'entre eux d'intention d'homicide également. Cette sorte d'accusation est typique d'un procès politique. De cette façon, il n'est nul besoin de prouver des faits, mais uniquement « l'intention d'en commettre ». Des officiers supérieurs de l'armée américaine témoignent à l'avantage des Cinq. Le procureur lui-même essaie sans succès de retirer du dossier l'accusation principale – l'intention d'homicide – parce qu'elle n'est étayée par absolument aucune preuve. En juin 2001, le jury déclare néanmoins les Cinq coupables sur toute la ligne après seulement quelques heures de délibération. La mafia anti-cubaine de Miami crie victoire. Les Cinq se voient condamnés à des peines extrêmement sévères : entre 15 ans d'emprisonnement et deux fois la perpétuité plus 15 ans. Ils sont transférés dans cinq prisons de haute sécurité différentes, à des milliers de kilomètres les uns des autres. Les Cinq sont à nouveau placés en isolement en 2003 et on exerce sur eux des pressions morales en compliquant à l'extrême les visites de leurs familles. Deux d'entre eux n'ont d'ailleurs plus vu leurs épouses depuis 7 années déjà, du fait que les autorités américaines leurs refusent le visa. Ce qui fait que la fillette de 6 ans de René n'a jamais vu son père. Les avocats pro deo décident de ne pas abandonner leurs clients à leur sort et d'aller en appel contre le verdict du tribunal de Miami. Le 7 avril 2003, ils introduisent leur demande à la Cour d'Appel d'Atlanta. Le 10 mars 2004, la séance a lieu. Il faut encore attendre 17 mois avant de connaître l'arrêt (le 8 août 2005). Contre toute attente, les trois juges de la Cour d'Atlanta se rangent unanimement derrière la requête de la défense. L'arrêt de la Cour annule le précédent procès et les condamnations sur toute la ligne. Dans un dossier de 93 pages, les juges argumentent leur décision : en bref, il n'est pas possible de tenir à Miami un procès honnête dans une affaire où Cuba est impliqué. Cet arrêt confirme ce que les Cinq eux-mêmes, leurs avocats et tous ceux qui sont solidaires avec leur cause proclament depuis plusieurs années déjà. Un point de vue similaire a d'ailleurs été adopté, fin mai 2005, par le Groupe de travail sur les arrestations arbitraires de la Commission des droits de l'homme des Nations unies. Pour la première fois en sept ans, on assiste à une ouverture dans l'affaire des Cinq. Pourtant, la lutte n'est pas encore terminée. Les autorités américaines ont encore une possibilité d'aller en appel contre l'arrêt de la Cour d'Atlanta. Dernièrement, le délai a été prolongé à la demande du procureur. Si ce même procureur accepte le verdict d'Atlanta, il existe la possibilité d'organiser un nouveau procès dans un autre endroit que Miami. Si le procureur va dans ce sens, toute l'histoire aura à voir avec la pression exercée par la mafia anti-cubaine. Il reste encore à savoir si le procureur est disposé à risquer d'essuyer un refus. L'absence de preuves n'est déjà que trop évidente, si l'on en réfère au premier procès. Les avocats des Cinq ont entre-temps engagé des procédures afin d'obtenir la libération sous caution de leurs clients. Provisoirement, ceux-ci ne se trouvent plus qu'en état d'accusation. « C'est une honte que ces hommes, condamnés à tort à Miami, et après toutes les injustices qu'ils ont dû subir ces 7 années écoulées, croupissent encore dans des prisons de haute sécurité », déclare Paul Mc Kenna, l'avocat de Gerardo. La position de Maître Weinglass, avocat des droits de l'homme de renommée mondiale et, en même temps, avocat de la défense, est que les Cinq doivent être remis sans attente en liberté. Ils ont été condamnés à tort et, durant les sept années qui ont suivi leur arrestation, leurs droits ont été constamment et gravement foulés aux pieds. En outre, dans leur argumentation concernant le jugement, les juges de filer les terroristes. Un argument qui, lors du premier procès, a tout simplement été écarté par le juge. Les juges de la Cour d'Appel suivent d'ailleurs l'argumentation de la défense des Cinq qui ont toujours prétendu qu'ils n'avaient en aucun moment constitué une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Leur présence à Miami visait exclusivement à obtenir des informations afin d'empêcher des attentats contre des cibles cubaines. La seule réponse digne à l'arrêt de la Cour d'Atlanta consiste par conséquent à libérer les cinq hommes. |