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Entretien avec Juan Piedra, syndicaliste et communiste vénézuélien « Le Venezuela, un immense défi syndical » Juan Piedra est syndicaliste et cadre du Parti Communiste du Venezuela. C'est avec enthousiasme qu'il nous parle de la façon dont Hugo Chávez implique les travailleurs du Venezuela dans sa révolution bolivarienne. Johnny Coopmans Juan Piedra était en Belgique début mai et a participé à la Fête du 1er Mai du PTB. C'est un homme affable de 55 ans qui n'a jamais eu l'occasion de faire des études : il n'en avait pas les moyens. Comme la plupart des Vénézuéliens, il allait déjà travailler à 14 ans. Il y a quelques années, il a perdu son emploi dans le textile. Depuis lors, il travaille à plein temps pour le syndicat et pour son parti. Ce n'est pas évident, car son travail ne lui assure pas un salaire régulier. Ce voyage en Belgique est aussi sa première mission à l'étranger. Où en sont les ouvriers et les syndicats au Venezuela ? Juan Piedra. La situation est complexe. Nous avons une population active de 12 millions de personnes dont plus de la moitié survit grâce à la débrouille, au « secteur informel ». Les 47 % restants ont un emploi fixe dans une institution ou une entreprise. La plupart d'entre eux travaillent dans le secteur public. Seuls 9 % de ces travailleurs réguliers sont syndiqués. Nous sommes donc confrontés à un immense défi. Est-il exact que le grand syndicat - Central de Trabajadores de Venezuela (CTV) – s'est associé en décembre 2002 au lock-out patronal où la droite a tenté de renverser le Président élu ? Juan Piedra. C'est vrai. Ce syndicat est en grand partie aux mains du Copei et de l'AD, c'est-à-dire le parti chrétien-démocrate et le parti social-démocrate. Electoralement parlant, ces partis ne signifient plus rien mais ils possèdent encore certaines positions-clé, entre autres dans l'appareil d'Etat et au syndicat. En 2002, lorsque le CTV s'est associé aux patrons, on a clairement vu que ce syndicat ne pourrait jamais défendre les ouvriers au sein de la révolution bolivarienne. Nous avons donc besoin d'un nouveau syndicat, où la classe travailleuse pourra constituer un pilier de la révolution. Ceci répondrait d'ailleurs à un appel de notre Président Hugo Chávez. Un nouveau syndicat va donc se créer ? Juan Piedra. Nous sommes en plein dans la formation du nouveau syndicat unitaire UNT, Unión Nacional de Trabajadores . Nous voulons y rassembler un maximum de forces pour soutenir notre révolution. La plus grande force, ce sont les Fuerzas Bolivarianas del Trabajo . Ils sont issus des divers partis qui soutiennent le processus révolutionnaire. Ensuite, il y a des tendances démocrates-chrétiennes et sociales-démocrates qui souhaitent contribuer au projet bolivarien. Quelques syndicats indépendants importants, comme celui des travailleurs de la santé, s'y associent également. N'oublions pas le courant des travailleurs informels. Vu l'importance de ces groupes, nous voulons absolument les organiser également. Enfin, il y a la Corriente Clasista de Trabajadores , qui représente les syndicalistes communistes. Quelle est l'influence du Parti Communiste au sein du nouveau syndicat UNT ? Juan Piedra. Nous désirons que le CUTV, notre propre syndicat communiste, soit complètement absorbé dans l'UNT. A côté de cela, nous avons aussi des dirigeants syndicaux au sein d'autres syndicats en place, comme la CTV et d'autres petits syndicats. Que deviendra la CTV après la fondation de l'UNT ? Juan Piedra. Il ne fait aucun doute que l'élite riche va tenter de maintenir ce syndicat en vie pour pouvoir de temps en temps mettre son grain de sel. Mais ils ne feront pas beaucoup plus de bruit qu'un tonneau vide. Les ouvriers vénézuéliens sont en masse derrière le projet de Chávez et soutiennent la création du nouveau syndicat UNT avec beaucoup d'enthousiasme. Source: Solidaire |