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La secrétaire général du syndicat cubain des services publics en visite en Belgique Erwin Carpentier
Est-ce que vous pouvez nous raconter un peu sur vous-même? Avec une réponse à des questions délicates sur l'âge, la famille, etc. (Rit.) Pas de problème. J'ai 55 ans, et je suis bien fière de mon âge. Je suis célibataire et je n'ai pas d'enfants. J'ai fait des études de professeur d'anglais et j'ai enseigné au niveau secondaire pendant environ sept ans. En 1977 je suis devenu un cadre de l'organisation des jeunes communistes UJC; de 1980 à 1989 j'étais active dans le syndicat des enseignants SNTED dans la province de Havana. De 1989 à 1991 j'étais deuxième secrétaire de la CTC; de 1991 à 1998 j'étais secrétaire national de la CTC. En 1998 je fus élue secrétaire général du SNTAP, jusqu'à présent. Quel est votre bilan du dernier XIXe congrès de la CTC? Un premier point important en ce qui concerne ce congrès est le fait qu'il s'est tenu à un moment du redressement de l'économie. Le pays sort d'une période difficile des années 90, qui a affecté tous les secteurs. Ceci n'est pas sans importance, puisqu'il s'agit d'un congrès des travailleurs, qui constituent le pivot de l'économie, étant donné que chez nous la classe ouvrière est au pouvoir. Aussi d'un point de vue politique, Cuba comme processus social, on vit un moment particulier, avec ce gouvernement “idiot” des Etats-Unis. Cuba reste un point central de l'agression des EU, d'autant plus avec le fameux plan Bush qui porte sur tous les domaines du pays et qui énumère en détail tous les changements qu'ils veulent imposer à notre pays. Ce sont des véritables plans annexionnistes, plus encore : des plans de recolonisation. Nous aurions encore moins de souveraineté que Puerto Rico. Ces plans ont un impact sur les organisations. Voilà le contexte dans lequel s'est déroulé le congrès. Le dernier congrès a fait preuve de beaucoup de dynamisme. L'accent mis sur le style et les méthodes était rafraîchissant. C'était un congrès très réussi. Il nous attend beaucoup de travail. Tous les délégués doivent être très conscients de leurs tâches. Si nous réussissons à mobiliser la base, alors notre congrès sera un succès. Quels étaient pour vous les thèmes principaux ? Un thème hyper important était : comment développer l'économie ? Nous voulons plus d'efficacité. Pour les travailleurs de pays capitalistes, le fait que le syndicat appelle à travailler plus et mieux peut sembler un peu bizarre, mais dans notre pays les travailleurs sont les propriétaires de la richesse créée, et les travailleurs ont donc tout intérêt à ce que l'économie se porte bien. La position de la femme est toujours un thème important à Cuba, car elle joue un rôle spécifique dans l'éducation. Il y a des dispositions légales spécifiques qui protègent les femmes. C'est toujours un thème du congrès. La même chose pour ce qui concerne les jeunes, parce qu'ils représentent l'avenir, et ils ont besoin de formation. Il y a une bonne représentation de femmes et de jeunes à tous les niveaux. Le congrès appelle les travailleurs à prendre l'initiative pour le redressement continué de l'économie. Comment voulez-vous vous y prendre ? Pour cela, il nous faut plus de discipline du travail, ce qui s'était affaibli à cause de la crise. Il est impossible d'avoir plus d'efficacité sans la discipline. Il paraît qu'une nouvelle législation du travail est mise en chantier ? Le gouvernement est responsable du renouvellement de la législation du code du travail. Il s'en est occupé déjà pendant quatre ans. Le gouvernement et les syndicats collaborent ; nous sommes déjà à la onzième version. La nouvelle législation sera soumise à tous les travailleurs, afin qu'ils se prononcent. Autres points importants : l'emploi, notamment l'accès, les salaires, les qualifications, la formation et l'éducation. Une des résolutions finales parle aussi de la défense militaire du pays. Face à la menace des EU, la question de la défense de la révolution reste un point important en fonction de la défense de nos droits ; c'est une affaire du peuple entier. Le jour où les Nord-Américains décident d'attaquer Cuba, ils n'y trouveront pas un Irak ou un Afghanistan, mais ils seront confrontés à un peuple qui a été préparé idéologiquement et militairement. Cela explique aussi pourquoi les EU élaborent tant de plans. Saviez-vous qu'ils ont déjà un dirigeant (Khaleb Mac Carly) pour la « transition » et qu'il touche déjà un salaire en attendant qu'il puisse prendre sa fonction ? En fait, comment les travailleurs sont-ils impliqués dans la défense ? Il existe un service militaire obligatoire de 2 ans pour les hommes ; les femmes peuvent faire un service militaire sur base volontaire. Ceux qui normalement vont suivre des études universitaires peuvent faire un service militaire d'un an. Chaque lieu de travail a son organisation militaire. Il y a régulièrement des exercices militaires. Dans son discours de clôture, Salvador Mesa parlait d'un nouveau style de travail. Qu'est-ce qu'il entendait dire par cela ? Cela veut dire que nous devons donner la priorité au travail à la base. Nous devons nous concentrer sur ce travail, car le syndicat ce sont les gens à la base, et pas tellement les structures. C'est là où les gens sont impliqués, où ils peuvent décider, débattre. Les délégués de base doivent être bien formés ; nous devons nous assurer qu'ils puissent bien accomplir leurs tâches. Nous pouvons voter beaucoup de résolutions, documents et nouvelles lois, mais si tout cela ne pénètre pas à la base, cela ne signifie en fait que du temps perdu. Est-ce que vous pouvez préciser encore un peu plus la signification du nouveau style de travail et l'appel pour plus d'efficacité ? Il faut que le syndicat trouve sa propre manière de mobiliser les travailleurs. Par exemple, le SNTAP compte beaucoup d'employés de banque, c'est un vaste secteur. L'efficacité dans le secteur bancaire est d'un autre ordre que celle dans le secteur des avocats, par exemple. Ou encore le personnel communal, qui est notre plus grand groupe, et qui est composé de beaucoup de gens de basse qualification. Il faut articuler la formation aux groupes spécifiques, tenant compte de leurs caractéristiques, problèmes et conditions de travail particuliers. Voilà le grand défi. Autre exemple : le travail volontaire, jadis organisé pour la première fois par Ché. Comment allons-nous commémorer cela cette année-ci ? Dans les premières années le travail volontaire était massif, mais pas toujours efficace, car on avait bien beaucoup de monde, mais pas toujours les moyens pour qu'ils soient effectivement mis au travail. Vu que nous visons l'efficacité, cette fois nous n'allons pas mobiliser massivement. Nous allons d'abord bien analyser les besoins de chaque endroit. Dans l'agriculture par exemple il y a des moments où on a besoin de beaucoup de monde (la récolte). Le travail volontaire doit être rentable et adapté aux besoins locaux. On ne peut pas dire que la presse cubaine nous comble de biographies impressionnantes des dirigeants cubains. Pouvez-vous nous dire un peu plus sur le nouveau secrétaire général ? Il est vrai que nous ne prêtons que peu d'attention à cela. Le nouveau secrétaire général vient du secteur agricole de Camagüey. Lors du 16 e congrès (1990) il fut élu deuxième secrétaire de la CTC ; à ce moment il était aussi le secrétaire général du syndicat agricole. En 1995 il est devenu ministre du travail, et en 1999 il devenait premier secrétaire du parti en Camagüey. Il connaît donc très bien la vie syndicale et politique, et son travail lui a donné beaucoup de prestige. Récemment la Confédération Syndicale Internationale (ITUC) fut fondée. Cuba n'en fait pas partie. Pourquoi ? Nous sommes membre de la Fédération syndicale mondiale et de confédérations Latino-américaines. En principe nous défendons l'unité et l'échange entre les organisations afin d'arriver à des positions communes. Défendre les travailleurs est notre point commun principal. Les organisations syndicales cubaines ont des liens avec des syndicats de tous les courants partout dans le monde. Le SNTAP par exemple entretient des relations avec 48 organisations de 33 pays sur les cinq continents. L'ITUC ne nous a jamais invité à devenir membre, mais on nous a fait comprendre que nous n'étions pas les bienvenues. A cause de ces exclusions, d'autres organisations ont aussi abandonné. Ne s'agit pas plutôt d'une fusion au lieu d'une unité ? Il est encore trop tôt pour évaluer cette fusion. Une des raisons serait que Cuba n'aurait pas des syndicats libres, et qu'on y poursuit même des syndicalistes. Notre syndicat unique CTC existe déjà d'avant la révolution. Aux deux, trois dernières années la CTC avait une direction pro-Batista ; elle a bien entendu quitté le syndicat après la triomphe de la révolution ! Et pour ce qui concerne ces soi-disant syndicalistes arrêtés : il s'agissait de syndicats fantômes, n'étant en réalité actifs dans aucun lieu de travail. Ces « syndicalistes » n'étaient pas arrêtés à cause de leur travail syndical, mais parce qu'ils se livraient à des activités contrerévolutionnaires. Vous étiez ici sur l'invitation de l'ACOD. Satisfaite de votre visite ? Nos relations avec l'ACOD datent depuis 1999. En 2000 nous étions invités au congrès de l'ACOD à Blankenberge, et en 2001 un projet de collaboration était mis en œuvre, ensemble avec le Fonds de collaboration au développement (FOS). Ce projet consistait à financier notre formation syndicale dans les provinces : la rénovation et l'aménagement des locaux et l'achat de matériel informatique et d'articles de bureau. De 2001 à 2006, 51.330 délégués ont ainsi pu suivre une formation. Le nouveau projet de collaboration élabore ce dernier projet de formation et portera également sur la nouvelle législation relative au code du travail. Ma (déjà deuxième) visite en Belgique était très positive, agréable et intéressante. J'ai également visité Gand et Anvers et j'ai rencontré des syndicalistes qui ont été à Cuba ou qui visent à le visiter bientôt. En conclusion, encore un message aux syndicalistes belges ? Souvent on me demande : comment pouvons-nous vous aider le mieux ? Je réponds toujours : venez voir vous-mêmes comment on travaille, découvrez la réalité parfois complexe de Cuba. Les expériences personnelles de chacun ont une valeur inestimable. Que chacun se forge lui-même une opinion. Nous ne sommes pas parfaits, nous essayons d'améliorer les choses. Nous estimons qu'il est important que les gens racontent ce qu'ils ont réellement vécu. Car jusqu'à présent, beaucoup d'information sur Cuba est mise en circulation par des gens qui n'ont encore jamais visité Cuba ; certains mentent délibérément sur ce qu'il se passe. Nous ne demandons pas qu'ils répètent ce que nous disons, mais qu'ils témoignent honnêtement de ce qu'ils ont vu. C'est aussi une mode de collaboration très importante. Nous tenons donc très fort aux visites de syndicalistes! |