Crise Alimentaire en Amérique Latine: Cuba veut une solution structurelle et internationale.

Isabelle Vanbrabant
Traduction: Marc Lemaire

La crise alimentaire globale est depuis quelques mois le problème des dirigeants du monde entier. Le président nicaraguayen Daniel Ortega a appelé au mois de mai la tenue d'un sommet latino-américain portant le nom évocateur ‘ Alimentation pour la vie'.

Les présidents du Honduras, Costa Rica , Equateur, Bolivie et Haïti étaient présents à ce sommet auquel participaient également des délégations venant de El Salvador, Guatemala, Mexique, Venezuela , Belize et Cuba. Ortega fait l'appel à trouver une solution régionale à ce problème majeur.

Le Vice-président du conseil d'état cubain, Esteban Lazo Hernandez se fit remarquer par son discours qui reçut le consentement de la majorité des gouvernements latino-américains.

Lazo commença son intervention par des chiffres éloquents : «  En 2005 notre gouvernement achetait à 250 dollars la tonne de riz importée, actuellement le prix de la tonne de riz est de 1050 dollars, soit quatre fois plus ».

Cette nouvelle réalité a une influence sur toute la population mais surtout pour les plus pauvres d'entre eux, Fidel Castro, déjà en 1996 annonçait au sommet mondial de l'alimentation : «  La faim est la compagne inséparable des pauvres, c'est la fille de la distribution inégale des richesses dans ce monde ».

Par ces paroles, Fidel avait mis le doigt sur la plaie. Car en effet la faim dans le monde n'est pas due à une insuffisance des ressources mais à une distribution inégale des denrées alimentaires.

La crise alimentaire actuelle est aggravée par le prix élevé du pétrole (conséquence de la guerre en Irak et de la demande croissante), ainsi que des changements climatiques, etc., mais principalement dû au modèle économique international calqué sur le modèle néolibéral des Etats-Unis.

Les institutions financières internationales imposent aux pays d'Amérique Latine une politique importatrice des aliments (par exemple le blé), subsidiée par les Etats-Unis et l'Union Européenne. Le modèle de développement de la production alimentaire nationale n'a, de ce fait, aucune chance de se développer puisque leur politique alimentaire est déterminée par l'importation, en augmentation constante, des denrées alimentaires.

Vu l'actuelle augmentation des prix, d'une vitesse alarmante, de plus en plus de personnes ne peuvent plus se permettre l'achat des denrées alimentaires de base.

Ce n'est donc pas surprenant que la contestation populaire a connu des débordements très violents. «  Nous ne nous trouvons pas en présence d'un problème uniquement économique mais nous sommes en présence d'un drame humanitaire aux suites imprévisibles, qui met même en danger la sécurité nationale de nos pays » déclare le Vice-président cubain.            

La délégation cubaine appelle les états présents à la conférence à œuvrer pour un changement radical de leurs structures économiques et de leur politique internationale. On ne résout pas un problème structurel par une mesure d'urgence. Simultanément les pays de la région doivent à court terme tout mettre en œuvre pour améliorer la situation dans des pays qui ont déjà vécu des troubles sociaux dans le passé.  .

A moyen terme, il faut qu'en Amérique Latine il y ait plus de plans de coopération et d'échanges, accompagnés d'investissements conjoints. Ces plans devront être dirigés vers une augmentation de la production agricole propre, ainsi que leur vente via des alliances stratégiques à des prix équitables.

 « Les responsables politiques d'Amérique Latine se doivent de défendre fermement le droit à l'alimentation pour tous et à une vie digne pour les millions de familles paysannes » dit Esteban Lazo .  « Si tel est l'objectif commun alors vous pouvez compter sur Cuba » conclu Esteban Lazo .

Comme synthèse de la situation actuelle et puisque les responsables politiques jugent maintenant qu'il y a plus en jeu qu'un problème économique éphémère, le Vice-président cubain termina son intervention par la prédiction de Fidel Castro de 1996. « La campagne actuelle qui est menée  par ceux qui meurent maintenant de faim, devra être demain conduite par l'humanité tout entière si celle-ci n'est  pas en mesure et n'a pas la volonté de se sauver elle-même.»