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Leçon d'humanisme (et de géographie)

Je pourrais dire qu'aujourd'hui a été un jour creux, en ce qui concerne le courrier. Tout au moins, très en dessous de la moyenne. Je n'ai reçu que six lettres.

Comme j'en ai l'habitude, je me suis installé pour en jouir dans la solitude de ma cellule, le moment le plus attendu de tous les jours. L'heure de " recharger les batteries " grâce à la solidarité et l'affection de nos frères de Cuba et du monde.
J'ai pour habitude de regarder d'abord les timbres de chaque lettre, afin de savoir d'où elles viennent, et profiter de cet art minuscule. " Deutschland " disent celles qui viennent d'Allemagne, " Eire " les Irlandaises, " Sverige " les suédoises… Pour cette raison, lorsque j'ai lu " Nauru " sur les timbres du petit aérogramme, je me suis demandé quel pays pouvait avoir dans sa langue officielle, un nom aussi bizarre. J'ai été surpris en vérifiant le nom de l'expéditeur : " Brigade Cubaine à Nauru " Où ça… ?
J'ai enlevé la bandelette de la censure, j'ai sorti la carte et ai commencé à lire :

"Nous t'envoyons ces quelques mots depuis une lointaine et petite île du Pacifique. Nous sommes onze médecins Cubains représentants l'humilité la bonté l'humanité et l'honneur… "

Une fois de plus la gorge nouée. Je devrais être habitué, avec tant de jolies cartes tous les jours, poèmes, dessins d'enfants qui savent à peine écrire…
Rien que de nos médecins, professeurs, et autres collaborateurs internationalistes, nous avons reçu des messages de Gambie, Yémen, Botswana, Mali, Honduras, Erythrée, Afrique du Sud, Ethiopie, Jamaïque. Et pourtant chaque lettre qui franchit la distance entre leur poste de travail et la prison de l'empire nous cause autant d'émotion que la première.

" Nauru est un pays très pauvre qui souffre de la théorie du fatalisme géographique. C'est une société de consommation sous-développée qui a eu le phosphate pour ressource économique principale, ressource aujourd'hui pratiquement épuisé. C'est le plus petit pays du monde. On peut le parcourir en voiture en moins de 30 minutes. Il compte à peine 10065 habitants, deux centres de santé et une polyclinique communautaire. Les enfants marchent pieds nus, les gens ont de mauvaises habitudes alimentaires et pour cela sont obèses dès le plus jeune âge. Ils souffrent de maladies comme le diabète et l'insuffisance rénale chronique.
A la naissance leur espérance de vie est de 56 ans. "

J'ai interrompu la lecture afin d'imaginer le titre du " New York Times ", de CNN, ou de n'importe quel autre grand media, y compris les chaînes espagnoles, dont les correspondants parcourent le monde à la recherche d'histoires qui touchent les cœurs : " Loin de leur patrie et de leurs êtres chers, des médecins sauvent des vies à Nauru. " Sans aucun doute, un sujet pour le " Pulitzer " Le seul problème diraient ces champions de la liberté de presse, est que ces médecins sont Cubains. Asseyons-nous donc en attendant le reportage.

" Avant notre arrivée, les gens ne pouvaient compter que sur 6 médecins, ce chiffre comprenant le Ministre et les directeurs du centre de santé, un Chinois et un médecin originaire des îles Fiji. Ce dernier est parti lorsque nous sommes arrivés.
Notre équipe est formée d'une spécialiste en administration de la santé, d'un spécialiste en épidémiologie, de deux pédiatres, d'un obstétricien, d'un médecin interne, d'un anesthésiste et d'un chirurgien.
Pour nous ça a été une très belle expérience. Nous travaillons à temps plein et avec beaucoup de dévouement. Les anecdotes sont nombreuses, pleines de sensibilité, elles nous nourrissent et nous donnent force tous les jours. Très rapidement nous avons senti la chaleur, la reconnaissance et l'amour de ce petit peuple pauvre et affectueux qui, grâce à la solidarité, aux principes de l'internationalisme et à l'humanisme de notre révolution et de notre Commandant peuvent aujourd'hui compter sur notre aide. "

C'est comme ça, c'est ainsi que je l'ai su et c'est ainsi que je le raconte. L'orgueil d'être un Cubain révolutionnaire a été plus fort que la peine éprouvée pour mon manque de culture géographique. Je me console - parce que je l'ai vérifié- que la République de Nauru a été admise à l'ONU en 1999, lorsque nous étions déjà prisonniers. Je n'avais pas la moindre idée de leur existence, mais là-bas, dans cette minuscule île du Pacifique, pendant que j'écris ces quelques mots et que vous les lisez, 11 médecins internationalistes, 6 femmes et 5 hommes venant de Cuba ! S'efforcent pour sauver des vies, de même que des milliers d'autres de nos frères qui se trouvent partout : dans les forêts, les déserts, les montagnes, les villes et les campagnes, dans le monde entier. Partout, sauf à " CNN "…

" Merci pour votre exemple " disent t'ils en terminant leur lettre aux cinq.
Nous leur répondons, merci à vous pour l'exemple que vous donnez.

Gerardo Hernandez

Prison Fédérale de Victorville
Californie. 29 avril 2005.

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