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Déformez, déformez, il en restera toujours quelque chose… Lorsque l'on est Cubain ou que l'on connaît bien Cuba, on s'étonne souvent de l'image que la presse donne de notre pays. Laura Ivet Pujol est deuxième secrétaire à l'Ambassade de Cuba en Belgique, elle s'est penchée sur cette question et elle donne la teneur de ses conclusions en exclusivité au service des émissions en français de Radio Havane Cuba. RHC: Vous avez centré votre travail sur une question particulière ? Pouvez-vous nous expliquer ce que vous avez découvert dans cette étude? "J'ai étudié la presse internationale; j'ai fait une revue de la presse sur plusieurs sujets en particulier. J'ai pris par exemple la déclaration du Département d'État des États-Unis, de mai 2003, à propos de la prétendue fabrication à Cuba d'armes biologiques. Ces déclarations ont été faites au moment même où l'ex Président Carter effectuait une visite à La Havane. Les médias se sont largement fait l'écho de ces déclarations en première page et ont donné les interprétations les plus diverses. Les principaux journaux européens et même latino-américains ont publié à la une des "informations" à ce propos. Comme par hasard, à ce moment-là, un film de James Bond - à grand public donc - était projeté dans les cinémas. Il reprenait le sujet de la prétendue fabrication des armes chimiques et biologiques à Cuba, plus particulièrement les modifications génétiques au moyen de la biotechnologie. Evidemment, il avait été préparé avant, on ne réalise pas un film de ce type en deux ou trois jours. Peu après, les déclarations du Département d'État ont été officiellement démenties. Ce démenti n'a pas eu droit à une place significative dans les médias. Je me souviens que la seule chose que j'ai trouvée dans les journaux était un bref commentaire à la page 16. Je veux parler des journaux à grand tirage qui avaient fait une large place à la nouvelle, en donnant des vrais détails, ceux-ci ont observé le plus grand silence. La même situation a eu lieu avec le coup d'État au Venezuela, plus ou mois à cette même époque. La presse internationale a reproduit l'interprétation qu'ont donnée les médias locaux du Venezuela qui avaient pris fait et cause contre Chavez. C'est un fait démontré, ils étaient partie prenante du complot pour le coup d'Etat. Les médias étrangers ont reproduit ce que la presse vénézuélienne avait préparé. Ils ont tout simplement après, évité de démentir cette situation et l'image de Chavez a continué à être celle d'un assassin qui fait tirer sur son peuple. Ce sont des exemples de la manipulation des médias par un pouvoir qui n'est même plus caché. C'est le résultat de la concentration des médias dans les mains des Etats-Unis et de grandes entreprises souvent liées à l'extrême-droite." RHC: Avant de faire tout ce travail, vous vous attendiez à trouver un tel contrôle ou vous avez été surprise? "Parfois, c'est un lieu commun de dire que les médias sont contrôlés mais je me posais des questions. J'ai donc essayé de faire preuve d'ouverture d'esprit, mais, moi-même, j'avais des doutes. Je suis en effet aussi influencée par ce que l'on dit, que la presse est libre, que si une nouvelle est vraie, elle est reproduite par le reste de la presse, que tout est dit, que l'on peut avoir accès à l'information. Le 11 septembre, j'ai participé à une couverture de presse, je regardais la CNN et je n'ai plus quitté l'écran, c'est une chose qui a frappé tout le monde. J'ai tout de même été surprise de ce qui s'est passé. Je croyais d'une certaine manière en l'objectivité de ce média. La CNN a commencé à interviewer une personne arabe qui a commencé à dire des vérités. Elle expliquait que les causes du 11 septembre résidaient dans la politique de Bush envers le monde arabe. A ce moment-là, ils l'ont coupé, ils ont dit qu'ils avaient des problèmes techniques et ils ne lui ont jamais redonné la parole. Cela c'est passé 2 où 3 fois, si je n'avais pas été là, qu'on me l'avait raconté, j'aurais pu ne pas le croire, et j'aurais dit "c'est impossible". En conclusion, en faisant mon étude, j'ai trouvé beaucoup plus de choses que ce à quoi je m'attendais." Propos recueillis par Marie-Dominique Bertuccioli Source: Radio Habana Cuba |