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L'émigration cubaine vers l'Europe Katrien Demuynck Le 9 mai le CDR-Antwerpen, le ‘Colectivo Suraka' et la ‘Federacuion latinoamericana' ont organisé une soirée sur le thème de l'émigration cubaine vers l'Europe. La Consul cubaine à Bruxelles, Madame Laura Pujol Torres, y fit part des résultats de ses travaux de recherches. Environ 10% des cubains vivent en dehors de leur mère patrie . Cela semble beaucoup mais en réalité c'est nettement moins que par exemple Haïti où 30% de la population a émigré. Nous avons une image déformée de la raison de la migration des cubains. Beaucoup pensent que la raison pour laquelle les personnes quittent leur pays c'est qu'ils sont contre la révolution. Cela ne correspond absolument pas à la réalité. Environ 130.000 cubains vivent en Europe. Il y a eu très peu d'études à ce sujet. La plupart du temps on se focalise sur l'émigration cubaine vers les USA. Les USA sont d'ailleurs une destination préferentielle pour les émigrés cubains. Les USA ont développé une politique d'émigration spécialement pour les cubains. Via la ‘Cuban Adjustment Act' chaque cubain rentrant illégalement sur le territoire des Etats-Unis est immédiatement légalisé. En procédant ainsi les USA tentent de créer l'image que des cubains désespérés, arrivant sur des radeaux de fortune ou autres canots 'de sauvetage', tentent de s'échapper de leur pays. Pouvez-vous vous imaginer ce qui se passerait s'ils donnaient ces mêmes avantages à tous les autres migrants d'Amérique Latine ?... Dans les années 90 une nouvelle forme d'émigration de cubains apparu. Pour la première fois des cubains émigrent vers d'autres pays de langue espagnole et en Europe. Actuellement 1.300 cubains vivent en Belgique. La communauté cubaine dans les autres pays européens est d'environ 1.000 dans 11 pays, et pour 24 autres pays plus de 100. L'émigration cubaine vers l'Europe a sa source dans l'énorme crise économique due à ce qu'on a appelé la ‘Période Spéciale'. Dans les années 90 la situation était dramatique, de temps à autre la nourriture manquait. Par conséquent une émigration économique se constitua, émigration recherchant de meilleures conditions financières. Il s'agissait en majorité de cubains âgés de 20 à 30 ans. Le second facteur a été le développement du tourisme européen mis en place pour contrecarrer la crise économique. Via cette voie, petit à petit se sont construits des réseaux d'amitié et de parenté. Le troisième facteur étant qu'il devient de plus en plus difficile d'émigrer aux Etats-Unis via un chemin légal. Ce n'est pas monsieur tout le monde qui envisagerait de monter à bord de petites embarcations et ainsi risquer sa vie afin de pouvoir faire appel à la ‘Cuban Adjustment Act'… Les recherches des investigateurs ont, au contraire, démontré que l'émigration cubaine vers l'Europe était semblable à l'émigration Latino Américaine vers l'Europe. Le caractère de l'émigration a beaucoup changé au cours des années. C'est pourquoi la politique cubaine vis-à-vis de l'émigration a également évolué. Il est logique que cela se passe dans un système démocratique. Il faut tenir en compte que Cuba a toujours dû se défendre contre la super puissance des Etats-Unis. Cela limite les possibilités et la liberté. Avant les années 90 l'émigrant était perçu comme quelqu'un ayant laissé Cuba dans ces problèmes. Actuellement, cela n'est plus le cas. Trois conférences sur la thématique ont eu lieu avec les émigrants cubains à Cuba. Cuba a également mieux organisé ses 124 consulats pour être au service des cubains qui vivent à l'étranger. Le +/- un million de cubains qui ont émigré aux Etats-Unis sont fortement discriminés. A cause des décisions des Etats-Unis les cubains ne disposent que d'un seul consulat -à Washington - consulat qui de plus ne dispose d'un nombre limité d'employés. Autre mesure : ces employés ne peuvent se déplacer que dans un périmètre de 25 miles de Washington. La législation états-unienne est très restrictive vis-à-vis des immigrants cubains. Ils ne peuvent retourner dans leur pays natal que tous les trois ans. Maintenant les émigrés pensent différemment qu'avant. De anti-cubain ils sont devenus anti-gouvernement des USA. Les émigrés ne comprennent pas que les Etats-Unis leur fassent tellement de difficultés pour pouvoir visiter leur famille restée dans l'île. Parmi les cubains résidant en Europe, on trouve deux grands groupes : Ceux qui séjournent que temporairement a l'étanger et ceux qui y restent définitivement. La majorité d'entre eux ont l'autorisation de séjourner à l'étranger. Ce qui signifie qu'ils peuvent revenir au pays quand ils le veulent. Après l'augmentation exponentielle des années 90. l'émigration vers l'Europe est maintenant stabilisée. Cela est dû, en grande partie, à une meilleure situation économique cubaine mais est également dû aux conditions très strictes d'émigration mises en place par l'Union Européenne. Une caractéristique de toute l'émigration Latino-Américaine vers l'Europe ces dix dernières années : 70% de l'émigration totale sont des femmes. Cela est dû aux problèmes démographiques rencontrés en Europe. Il y a peu de mariages, peu d'enfants et un vieillissement de la population. Les européens de sexe masculin recherchent des femmes instruites avec une image classique du couple, c'est à dire se marier et avoir des enfants. Les jeunes femmes européennes sont au contraire peu intéressées par cette image classique. Ce qui ne signifie pas que nous devons avoir une image négative de ces relations, bien au contraire. Parmi ces mariages mixtes il y a moins de divorces qu'à Cuba même. Généralement ces couples ont plusieurs enfants. L'immigration cubaine vers l'europe provient de toutes les provinces du pays mais surtout des régions où l'économie est plus fleurissante. Le mélange racial est identique à l'ensemble de la population cubaine. “Diviser les gens selon la couleur de leur peau nous semble chez nous très bizarre” remarque Laura Pujol Torres. (Les cubains parmi le public acquiescent). Il y a parmi les émigrants cubains un taux normal d'universitaires, soit 7%. C'est la même moyenne que l'on retrouve sur l'île. On ne peut donc pas parler de ‘braindrain'. (60 % de tous les migrants haïtiens ont un diplôme universitaire) Vu globalement, les émigrants cubains ont un haut niveau d'études et s'intègrent très facilement. En même temps, ils maintiennent une bonne relation avec leur famille. En moyenne ils visitent leur famille une fois l'an. Il est normal d'être à Cuba avec les enfants pendant la période de vacances. Beaucoup d'entre eux invitent régulièrement leur famille pour venir les rejoindre en Europe. Tout cela crée des échanges culturels et politiques enrichissants. A la question concernant l'immigration illégale, Laura répond qu'il s'agit d'une petite minorité. Chaque année entre dix à quinze milles cubain quittent l'île légalement. De manière illégale, ils ne sont pas plus que mille. Ces personnes perdent leur droit de séjour à Cuba. Laura remarque que dans certains cas on peut parler d'un retour illégal sur l'île. Cuba règle en effet le flux migratoire via des arrêtés de loi. Ainsi pour ceux qui possèdent certains diplômes il n'est pas possible de partir librement. Les étudiants qui font ces études le savent. Ils devront attendre entre deux et trois ans après l'obtention du diplôme avant de pouvoir émigrer. Si vous quittez l'île pour un certain temps, vous recevez un visa de sortie temporaire, le temps maximum pour un visa de ce type est de onze mois. Voulez-vous malgré tout rester plus longtemps à l'étranger, alors vous avez deux possibilités. Ou bien vous revenez à Cuba au terme des onze mois et vous redemandez éventuellement un nouveau visa temporaire. Ou bien vous demandez une prolongation. Cela vous coûtera 45 € par mois. Vous maintenez ainsi votre statut de résident permanent à Cuba avec tous les avantages qui y sont liés comme par exemple les soins de santé, d'éducation et la sécurité sociale gratuits. Environ 6% de ceux qui résident en Europe ont ce statut de visa temporaire. C'est donc une petite minorité. La grande majorité, soit 59% ont un visa de séjour permanent à l'étranger. Il leur est possible de visiter Cuba et même de revenir à Cuba. Cependant pour 26% il s'agit d'un visa de séjour définitif. Ils peuvent donc venir en visite à Cuba mais doivent introduire une demande pour obtenir la possibilité d'un retour définitif. trad: Marc Lemaire
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