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¡VIVA CUBA!

(Juan Carlos Cremata, Cuba-France 2005 - 98')

Au niveau du cinéma également, ICS et l'annuelle journée Che Presen­te! deviennent incontournables. En ef­fet, après "FIDEL - la histo­ria no contada" (Este­la Bravo, USA 2001 - 91') présen­té il y a 2 ans (et probable­ment nulle part ail­leurs en Belgi­que), il n'y avait qu'à la journée Che Pre­sente! de 2004 que l'on pouvait voir d'affilée "COMANDANTE" et "LOOK­ING FOR FIDEL", ces 2 films d'Oli­ver Stone sur et avec Fidel Cas­tro. Quelques semaines après, ICS introduisait chez nous le docu­mentaire "MIS­SION CONTRA EL TER­ROR" (Roberto Ruiz Rebo & Bernie Dwyer), que l'on pourra égale­ment voir le 29/­10/­2005. Jusqu'à présent des documen­taires, mais ce même jour ce sera le tour à un film de ficti­on de con­naître son avant-première en Belgi­que. Nous sommes curieux car "¡VIVA CUBA!" a connu cet été un succès immense à Cuba, où il avait été lancé dans pas moins de 125 cinémas et salles de vidéo du pays. Auparavant et encore dans sa versi­on digita­lisée, il avait été prése­nté au festival de Cannes, où il a obtenu le Grand Prix des Ecrans Juniors. Devant un jury entière­ment com­posé de 24 en­fants (tous d'un collège de Cannes et âgés de 13 ans), qui l'ont primé unani­me­ment. Devant les 6 autres films d'autres pays ét résistant à cert­ains res­pon­sa­bles aux sentiments anticubains du festival (le réali­sateur vise explicitement l'acteur franç­ais Bernard Menez, le seul adulte et président du jury). Du coup, le premier film cubain a obtenir un prix à ce presti­gieux festi­val. C'est aussi le pre­mier film cubain à avoir exclu­sivement des enfants en tant que person­nages cen­traux.

MALU, JORGEN ET LES AUTRES

Le point de vue dans "¡VIVA CUBA!" est celui des enfants. Malú et Jorgito (le petit Jorgen) se sont jurés amitié éter­nelle, malgré leurs familles respectives qui se détestent. La mère de Malú, aux principes catholiques très strictes, est di­vorcée et elle ne veut pas que sa fille joue avec Jorgen. Car les pa­rents de Jorgito sont d'ori­gine bien plus modeste. Ils sont tous deux membres du parti commu­niste et fiers de l'être, mais eux non plus ne veulent pas voir Jorgen en la présence de Malú. La mère de Malú a une liaison amoureuse avec un étranger et la seule chose qui la retient à Cuba est la grand-mère, qui est malade. Une fois celle-ci décédée, elle envoie une lettre à son ex-mari afin d'obtenir son autorisati­on d'emmener sa fille avec elle aux USA. Malú et Jorgito ne voient qu'une seule issue: ils entre­prennent le voyage vers Maisí, en espé­rant d'y arri­ver avant la lettre et de se faire entendre auprès du père, qui vit en cette e­xtr­émité orien­tale du pays. Pour certains spectateurs la transition en roadmovie est trop abrupte, d'autres au contrai­re trouvent qu'à part l'amitié si forte entre les 2 enfants, la vue de tant de paysages cu­bains défil­ant à l'écran est un des points forts de "¡VIVA CUBA!".

LES RAISONS D'UN TITRE

Cremata: "Notre première intention était d'inciter les pa­rents à impliquer leur enfants dans des décis­ions aussi série­uses que l'émigra­tion". N'empêche que la fin du film est une fin totale­ment ouverte. A un tel point qu'à Cuba, les avis et in­terprétations sont par­tagés. Pour les uns il n'est pas clair si, oui ou non, Malú quitte­ra l'île; les autres pensent que les 2 jeunes ne s'ou­blieront jamais. Le réalisa­teur Crema­ta est né en 1961 à Cuba. Mais de 1992 à 1998 il est en Alle­magne, Italie, deux années à Buenos Aires (Ar­genti­ne) où il enseigne le montage, et finalement à New York. Après quoi il comprend que ces vérita­bles racines sont ail­leurs et il décide de faire désor­mais "des films à Cuba et sur Cuba". Cremata dit que si son film prend la défen­se de la petite Malú, qui veut donc absolument rester à Cuba, néanmoins il ne met pas l'ac­cent sur cela: "Je ne condamne ni ceux qui veulent quitter Cuba ni ceux qui ont choisi d'y rester". Le titre de son film est aussi un homma­ge à son père, qui en octobre 1978 était parmi les 73 morts suite aux 2 bombes qui ont fait explo­ser un avion cubain au large de Barbados. Le fauteur de cet attentat est le sinistre terro­ris­te international Luis Posada Carriles, dont nos médias ont parlé les derniers temps, mais qui vient à nouveau d'être libéré aux USA. Cremata: "Pour moi, le film est aussi l'occa­sion de dire au monde entier que ce pays unique au monde a le droit et le devoir de continuer à exis­ter".

FAMILIAL ET DELIRANT

Cremata insiste: "Mon film s'adresse autant aux en­fants qu'aux adultes et l'idéal serait d'aller le voir en famil­le". Plu­sieurs membres de sa famille tra­vaillent avec la troupe de théâ­tre d'enfants La Colme­ni­ta. Lui-même a dans les années 80 réa­lisé plus d'une fois des programmes de télé­vi­sion pour en­fants. Pour la réalisation de "¡VIVA CUBA!" il fait appel à sa famille; sa mère Iraida Mal­ber­ti est même la coréa­lisatrice du film. En même temps, Juan Carlos Cremata Malberti se récl­ame de l'esth­étique de Fernando Birri. Un cinéaste argentin très mal connu ici, mais d'une impor­tance considérable en Amérique Latine. En ce sens qu'on le considère comme celui qui dans les années 50 a fondé dans son pays la première école documentaire d' Améri­que Lati­ne et a théorisé la lutte contre le sous-dévelo­ppement par la voie du cinéma. Tandis que son rêve d'une école de cinéma appartenant au continent s'est finale­ment réalisé fin 1986 avec la EICTV, l'Escuela Internacional de Cine y TV, à San Antonio de los Baños (près de La Havane), dont Fernando Birri a été le premier directeur. Birri cherche à faire un cinéma national, populaire et critique, tout en poursuivant dans ses films une espèce de délire. Parmi la pre­mière génération de l'EICTV figurait aussi Crema­ta. Le précé­dent et premier long métrage de cinéma de Crema­ta, modestement distribué chez nous, était le très imaginatif "NADA (MAS)" (2003­). On peut sans doute égale­ment s'attendre à quelques feux d'ar­ti­fice dans "¡VIVA CUBA!".

Bruno Bové, 13/10/2005

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